LE MYSTÈRE DE LA TANIERE


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Un conte de Nicole Calandra

Illustrations d’Estelle Spagnol

Accumuler des objets, à quoi cela peut-il bien servir ? Rusard, le renard ne le savait pas avant cette histoire là !

Rusard avait un secret, un véritable secret qui se nichait tout au fond de sa tanière et ce secret l’embarrassait. Il ne pouvait plus pénétrer dans son terrier, ou du moins, qu’avec beaucoup de difficultés. Pourtant, cela n’avait pas toujours été ainsi…

Avant cette histoire, Rusard le renard vivait une vie bien tranquille. Il s’était construit un immense terrier car il pensait fonder une grande famille. Mais pour cela, il devait d’abord plaire à madame renarde qui ne s’en laissait pas conter facilement. Car Rusard était un peu miteux. Par conséquence, il lui fallait user d’un très bon argument auprès de madame renarde, pour penser à lui plaire un peu.

Il avait alors eu l’idée de construire un beau terrier, aux murs bien léché, au garde-manger bien plein et même avec une jolie litière bien souple et bien soyeuse. Il songeait qu’avec une telle tanière, madame renarde ne pourrait plus rien lui refuser et il était déjà heureux, rien qu’en songeant aux futurs petits renardeaux qui rempliraient très bientôt sa maison…

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Mais un jour, certainement fâcheux pour lui, chemin faisant pour faire sa cour à madame renarde, il trouva une chaussette sur son chemin. Une chaussette, voilà un vêtement bien banal, par ma foi !

Pour notre fin Rusard, cela allait être le commencement d’une aventure cocasse.

Car Rusard tomba en extase devant cette chaussette.

A ses yeux, elle était si jolie avec ses couleurs vives, ses jacquards entrecroisés, qu’il ne fit ni une, ni deux et l’enfila à sa patte avant, droite. Puis il rentra jusqu’à son terrier.

Durant des jours, il l’exposa au milieu de sa demeure, ne se lassant plus de la regarder, oubliant même son idée première qui était de faire la cour à madame renarde. A force d’admirer ainsi la chaussette, il lui vint alors une idée :

– Pourquoi n’en trouverais-je pas une autre ? Je sais où il y en a, près de chez les humains, sur un drôle de fil qui pend…

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Aussitôt dit, aussitôt fait. Il fila comme un voleur chez le premier voisin humain, sauta de mille façons jusqu’à ce qu’il en tienne une dans sa gueule et la ramena en catimini jusque chez lui. Il l’exposa avec sa première chaussette. Elle était toute rouge avec des petits pois verts et elle lui plaisait aussi énormément.

Les jours passaient et Rusard ne s’en rendait même pas compte. Oublié, le mariage avec madame renarde, oublié, l’envie d’une famille. Il oublia tout et recommença à chaparder des chaussettes. Oh, elles étaient toutes splendides et de toutes sortes : des, avec des petits trou-trous, des, avec des dentelles, des multicolores, à rayures, écossaises, enfin bref, un véritable petit trésor.

Mais, bientôt, ce furent les années qui passèrent, ainsi. Personne ne savait ce que cachait Rusard et tous se demandaient pourquoi il ne fondait pas une famille.

Et un jour, arriva ce qui devait arriver. Rusard voulut rentrer chez lui, mais il n’avait plus la place d’y mettre un pied. Il poussa, jura, tempêta. Rien n’y fit. Plus une seule place pour ajouter une chaussette, ni pour se mettre à l’abri. Le terrier était plein à craquer et la bise arrivait.

Ne sachant plus quoi faire, Rusard erra un bon moment dans la plaine. Il était triste, car il voyait l’hiver arriver et il ne savait plus comment entrer dans son terrier. Il songea à la famille qu’il n’avait pas fondée et le temps qui passait. Avait-il bien fait de s’amouracher de chaussettes ? Et ses rêves de petits renardeaux, était-il passé à côté ?

Tout en trottinant, perdu dans ses pensées, il heurta Citronnelle. Citronnelle était une jolie petite fille qui lui ressemblait un peu, avec ses merveilleux cheveux roux. Il la connaissait très bien car il la rencontrait souvent dans la plaine, courant après les feuilles, toujours très affairée elle aussi. En se cognant l’un contre l’autre, ils tombèrent à la renverse.

– Et bien Rusard, tu ne peux pas faire attention où tu vas ? Protesta Citronnelle.

Le petit renard, qui était déjà bien affecté, se mit alors à pleurer. De grosses larmes coulaient de ses petits yeux argentés.

– Mon ami, mon bon ami, que t’arrive-t-il que tu ne puisses pas résoudre ? Demanda Citronnelle peinée.

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Car, elle connaissait son copain comme étant très rusé et capable de résoudre n’importe quel problème. Rusard sécha ses larmes et se confia :

– Mon terrier… Mon terrier, je ne peux plus y rentrer…

– Comment cela, as-tu perdu tes clés ?

– Non, pas mes clés, viens voir, c’est trop long à t’expliquer !

Et Rusard emmena Citronnelle jusqu’à sa tanière.

– Par les foudres du ciel, s’exclama Citronnelle, que fais-tu donc avec toutes ses chaussettes dépareillées ?

– J’en fais la collection, répondit Rusard un peu penaud. Comment vais-je faire pour entrer chez moi maintenant ?

Citronnelle mit un doigt sur sa bouche et réfléchit tout haut :

– Voyons, voyons, tu pourrais peut-être les brûler ? Elles disparaitraient à jamais…

Rusard épouvanté, leva les pattes au ciel.

– On ne peut pas faire cela, je ne veux pas me séparer de mes chaussettes !

– Alors, tu pourrais peut-être les donner ?

– Mais je ne veux pas m’en séparer, te dis-je !

– Les as-tu volées ?

– Seulement empruntés, murmura Rusard honteux.

– Comme maintenant tu ne peux plus les rendre, tu dois en faire profiter tout le monde, décida Citronnelle.

Sur ces bonnes paroles, un silence s’installa durant lequel Rusard se remit à pleurer en songeant, un peu tard, à ce qu’il avait fait.

– Arrête de pleurer, je crois que j’ai une idée, fit soudain Citronnelle.

Elle murmura un moment à l’oreille de Rusard qui s’exclama :

– Oh, que c’est une bonne idée !

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– AVANCEZ, AVANCEZ et venez admirer mon musée des chaussettes, criait Rusard, juché sur un petit tabouret, une casquette de guide vissée de travers sur la tête. La foule piétinait pour pénétrer dans le grand musée de la Chaussette.

– Venez les admirer, des grandes, des petites, des rouges, des vertes, des jaunes et même des bariolés… criait Rusard à la volée.

Et tout ce beau monde payait son entrée pour admirer les chaussettes que Rusard avait collectionnées.

Madame renarde faisait partie des gens qui voulaient visiter le musée. Rusard l’aperçut et remit sa casquette bien droite sur sa tête :

– Pour vous madame renarde, l’entrée sera gratuite puisque je vous demande votre patte !

Renarde, peu effarouchée répliqua :

– Et bien, il était temps, je me demandais quand vous vous décideriez !

Rusard sourit et eut le mot de la fin :

– Et oui, on peut être rusé, mais quelquefois aussi bête que ses pieds…

Et tout le monde se mit à rigoler.

Il y eut une fête dans le musée pour l’union de Rusard et de Renarde.

Quelques années après, on trouvait dans le musée, au fond des chaussettes exposées, de petits museaux roux, éparpillés.

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