LE BAISER DE LA MATRICE De VERONIQUE AUBOUY


Le projet

« Le baiser de la Matrice » est un projet qui met en œuvre une organisation de lecteurs, une société liée par un objectif commun, un territoire nouveau qui regroupe des gens du monde entier lisant en français. Ils ont une technique commune de lecture : ils se filment avec leur webcam en lisant sur leur ordinateur une page de « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust, proposée par une Matrice. De Papeete à Kinshasa, en passant par Bobigny, la Matrice gère en temps réel la distribution de textes, la diffusion d’informations pour conquérir de nouveaux lecteurs, le montage chronologique du film, et la consultation de celui-ci à tout moment. L’ambition de ce projet est la fabrication de cette Matrice, définie autour de pages, de secteurs de lectures, de pays, de fuseaux horaires qui permettra à 3424 personnes de lire la Recherche avec une autre vision du temps.
Ainsi, A la Recherche du temps perdu pourrait être théoriquement lue en 10 minutes.
Mon utopie aujourd’hui est qu’une machine puisse réagencer le temps de la lecture d’un livre. Il s’agit d’une nouvelle Recherche, définir le temps créé par une machine à faire lire. Lire « La recherche » dans une autre dimension de temps. Véritable objet virtuel, la Matrice va précipiter tous les mots de La Recherche en une durée propre, qui n’aura plus rien à voir avec la durée de lecture linéaire du livre papier, produisant un effet d’anamorphose temporelle (qui, tout en évoquant le « bullet-time » des films de science-fiction n’est pas sans rappeler l’incorporation du temps produite par l’absorption d’une petite madeleine ?). Qui sait, en effet, si nous ne parviendrons pas, au terme de cette expérience, à une autre figure de temps retrouvé ?

 

J’ai participé. Dommage qu’on ne puisse pas refaire la lecture car durant le tournage, Tekila a aboyé, ce qui n’était pas prévu au programme. En plus, j’ai mis la webcam plus basse que moi, et cela me déforme tout le visage et la bouche : bouhouhouh !

 

lebaiserdelamatrice2

Voici l’extrait que j’ai lu :

Sodome et Gomorrhe page 1927

 

Aussi, après m’avoir dit de Saint-Loup (en adoptant pour cela une expression
de Robert, car si, pour causer, j’employais avec elle ces expressions de
Legrandin, par une suggestion inverse elle me répondait dans le dialecte de
Robert, qu’elle ne savait pas emprunté à Rachel), en rapprochant le pouce de
l’index et en fermant à demi les yeux comme si elle regardait quelque chose
d’infiniment délicat qu’elle était parvenue à capter : «Il a une jolie
qualité d’esprit» ; elle fit son éloge avec tant de chaleur qu’on aurait pu
croire qu’elle était amoureuse de lui (on avait d’ailleurs prétendu
qu’autrefois, quand il était à Doncières, Robert avait été son amant), en
réalité simplement pour que je le lui répétasse et pour aboutir à : «Vous
êtes très lié avec la duchesse de Guerrnantes. Je suis souffrante, je ne
sors guère, et je sais qu’elle reste confinée dans un cercle d’amis choisis,
ce que je trouve très bien, aussi je la connais très peu, mais je sais que
c’est une femme absolument supérieure.» Sachant que Mme de Cambremer la
connaissait à peine, et pour me faire aussi petit qu’elle, je glissai sur ce
sujet et répondis à la marquise que j’avais connu surtout son frère, M.
Legrandin. A ce nom, elle prit le même air évasif que j’avais eu pour Mme de
Guermantes, mais en y joignant une expression de mécontentement, car elle
pensa que j’avais dit cela pour humilier non pas moi, mais elle. Était-elle
rongée par le désespoir d’être née Legrandin ? C’est du moins ce que
prétendaient les soeurs et belles-soeurs de son mari, dames nobles de province
qui ne connaissaient personne et ne savaient rien, jalousaient
l’intelligence de Mme de Cambremer, son instruction, sa fortune, les
agréments physiques qu’elle avait eus avant de tomber malade. «Elle ne pense
pas à autre chose, c’est cela qui la tue», disaient ces méchantes dès
qu’elles parlaient de Mme de Cambremer à n’importe qui, mais de préférence à
un roturier, soit, s’il était fat et stupide, pour donner plus de valeur,
par cette affirmation de ce qu’a de honteux la roture, à l’amabilité
qu’elles marquaient pour lui, soit, s’il était timide et fin et s’appliquait
le propos à soi-même, pour avoir le plaisir, tout en le recevant bien, de
lui faire indirectement une insolence.

 

A mon avis, c’est un magnifique projet. J’espère que nous pourrons visionner le film dans sa totalité ! Le lien pour y aller :

http://www.lebaiserdelamatrice.fr/inscrits/?num=5

 

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