Une petite « Nouvelle » à ma façon


Je vous mets aujourd’hui une petite Nouvelle que j’aime bien et que j’avais écrite pour un concours organisé par :
 

UNE BRECHE A L’ÎLE AUX CANARDS

 

                                                                      Une nouvelle de Nicole Calandra

 

 

Saurais-je un jour le nombre de pas que je parcourus ce jour là pour faire le tour de l’île aux Canards ? Je ne m’en étais jamais préoccupée avant d’y débarquer avec toutes mes affaires de plage. Mais je puis vous assurer que lorsque, le soir même, je repris le petit bateau taxi à la peinture jaune écaillée, je ne savais plus quoi penser de ce qui venait de se passer…

 

Nous avions accosté sur la plage, face au faré, aux premières lueurs de l’aube, heure où la mer est encore plate, vierge de toutes traces humaines. Folle de joie à l’idée de laisser dernière moi, pour toute une journée, la ville de Nouméa et ses innombrables soucis, je savourais la traversée et le paysage. A cette heure, l’île aux Canards, comme toute île, donne cette impression fugitive que vous vous trouvez chez Robinson Crusoé et surtout que vous êtes seule au monde. Il suffit pour cela de quelques pas dans le sable, de contourner le faré, de tourner le dos à la ville et de lever les yeux sur l’horizon.

C’est à partir de ce moment que tout à commencé. Au détour d’un buisson qui semblait prêt à s’enflammer tant la chaleur était déjà intense, à quelques mètres de moi, un homme marchait sur la grève, solitaire. Je ne le distinguais pas exactement car j’avais le soleil levant qui m’éblouissait les yeux, mais sa silhouette élancée attira mon attention. Je l’observai quelques minutes puis baissai la tête sur un tricot rayé se frayant un passage entre deux bois flottés et qui regagnait péniblement la mer. Lorsque je la relevai, l’homme avait disparu.

Qui pouvait-il bien être ? J’avais fait partie du premier arrivage sur l’île et je ne l’avais pas remarqué parmi les trois passagers qui avaient fait le voyage avec moi. Intriguée, je continuais néanmoins ma promenade, avec la ferme intention de profiter pleinement de ma journée.

Le tour de l’île fut vite effectué et je me retrouvai à mon point de départ quelques minutes plus tard. Je m’installai au petit bar sous le faré pour déguster un café crème avant d’aller m’allonger sur un transat. La veille, j’avais soigneusement choisi un livre, élément indispensable à mon confort et me régalais d’avance à sa lecture.

Le serveur déposait ma commande sur la table, lorsqu’apparut l’homme que j’avais aperçu sur la plage. Il vint s’asseoir à la table d’à côté et je pus ainsi le détailler à loisir. C’était un bel homme, bronzé, visiblement sportif. Mais, en dehors du fait qu’il était agréable à regarder, ce fut le regard profond et triste qu’il portât sur la salle qui me troubla. Il semblait perdu dans ses pensées et n’avait même pas fait cas de ma présence. Pourtant, nous étions les deux seuls clients. Ce détachement m’étonna. Tout en le surveillant, je sirotai mon café jusqu’au moment où il se leva brusquement et sortit du bar. Je n’avais même pas eu le temps de dire ouf, qu’il avait déjà disparu.

En réglant ma note, j’interrogeai le barman, rougissant de ma propre audace :

         L’homme qui était installé près de moi, il travaille ici ?

         Quel homme ? demanda l’employé en regardant autour de lui.

         Et bien, celui qui était là, répondis-je en désignant la table.

         Je n’ai vu personne, énonça mon interlocuteur avec surprise, je suis désolé…

Vexée d’avoir été prise en défaut de curiosité, je n’insistai pas et récupérai ma monnaie.

Dehors, le soleil dardait toujours ses rayons. Je m’installai le plus confortablement possible sur le transat que j’avais loué et sortis le livre de mon sac, bien décidée à m’isoler du monde. Je m’enfonçai béatement dans la lecture d’une série de nouvelles ayant toutes, un lien étroit avec la mer et oubliai, pour un temps du moins, l’endroit où je me trouvais.

 

Un petit sifflement me sortit de ma torpeur. Je m’étais légèrement assoupie et je constatai que le soleil était en train de me brûler la peau. Je récupérai un vieux bob du fond de mon sac et m’en couvrit la tête. Tout en faisant, je cherchai du regard d’où pouvait provenir le sifflement qui m’avait réveillé. Il n’y avait personne aux alentours immédiats car j’avais choisi un endroit un peu isolé, pourtant, au loin, la silhouette d’un homme se dessinait à contre jour. Mon bonhomme effectuait un deuxième tour de l’île, les mains dans les poches de son pantalon en toile beige, le torse nu. Ne sachant pour qu’elle raison, j’eus envie de le suivre. Je me levai, rangeai mon sac sous le transat et lui emboîtai le pas. Il avait de l’avance sur moi, et lorsque j’arrivai à la moitié du tour, il avait déjà disparu. Je me mis à courir pour essayer de le retrouver, mais je me retrouvai de façon stupide à mon point de départ. Entre temps, un peu de monde avait débarqué sur la petite île, sans qu’il y ait pourtant foule.

Lasse de m’être rendue ridicule, je me réinstallai dans mon transat, bien décidée à n’en plus bouger jusqu’à l’heure du déjeuner. J’étais en pleine tempête, dans un voilier qui était en train de gîter dangereusement, lorsque mon regard fut à nouveau attiré par une ombre. Le même homme passait près de ma chaise longue, l’air égaré. Mon cœur s’emballa et je fus tentée de me lever pour le suivre encore, mais ma dignité fut plus forte. Il n’était pas question pour moi de le suivre une nouvelle fois. De quoi aurais-je l’air s’il s’en apercevait et me demandait des comptes ? Je me rencardai contre mon dossier et attrapai mon livre, laissant mon cœur reprendre un rythme normal.

A l’heure du déjeuner, au snack, je ne vis pas mon « fantôme » avec les autres vacanciers attablés.  J’entrepris d’effectuer un nouveau tour de l’île, sans pour autant l’apercevoir une seule fois. Où était-il donc passé ? L’île n’était pas bien grande, il m’était impossible de le rater. Après le déjeuner, je fis une petite promenade digestive en procédant pour la énième fois à un tour de l’île. J’avais eu mille fois le temps de compter mes pas. Alors que je débouchai au détour d’un bosquet, perdue dans mes songes, je butai brutalement contre quelqu’un qui venait en sens inverse :

         Holà !

J’eus la honte de ma vie en découvrant l’homme qui avait occupé toutes mes pensées durant la matinée. Il me tenait les bras pour me rattraper car j’avais perdu l’équilibre sous le choc.

         Excusez-moi, balbutiais-je, je ne vous avez pas vu…

         Pourtant l’île est petite, fit-il en rigolant et en me relâchant.

J’étais sans voix, interdite. Ainsi, mon « fantôme » parlait et en plus, plaisantait. Que m’étais-je donc imaginée ? Je me mis à rire de confusion.

         J’allais plonger, voulez-vous vous joindre à moi ? demanda-t-il en me montrant du matériel de plongée sur une petite estrade en bois que je n’avais même pas remarqué.

Il rêvait, car j’étais bien incapable de mettre la tête sous l’eau plus de deux secondes. J’avais un souffle de bébé et très peu de force musculaire. Son contraste quoi !

         Merci de la proposition, mais non, je ne sais pas…

         Je suis guide pour le sentier marin. Allez, venez, vous serez ma première cliente de la journée !

 

J’avais lu sur les pancartes jalonnant l’île qu’il existait un sentier sous marin, accessible à tous les visiteurs, mais il ne m’était même pas venu à l’idée de l’effectuer.

         Vous savez, je conduis même des enfants de huit ans sous l’eau, alors… insista-t-il pour me convaincre.

Si même des enfants de huit ans pouvaient accomplir ce sentier sous marin, j’aurai eu l’air malin de ne pas accepter sa proposition.

         Très bien, finis-je par dire, mais je vous aurais prévenu, je ne suis pas une sportive accomplie !

Il m’attrapa familièrement par le bras et m’entraîna vers son équipement. Sans un mot, il me tendit des palmes, un masque et un tuba à ma taille et s’équipa de même.

         Le plus dur va être de me convaincre de mettre la tête sous l’eau, continuai-je d’un air lugubre.

Mais au bout d’une petite heure de patience, il avait miraculeusement vaincu ma peur. Pour me décider, il m’avait décrit avec forces détails ce que j’allais découvrir sous l’eau et sa description fut bien en dessous de la réalité. Ce que je vis, fut tout simplement extraordinaire et difficile à expliquer avec des mots. Il me montra mille poissons multicolores, des coraux bien vivants et même une petite brèche sous un platier dans laquelle on pouvait apercevoir un petit coffret emprisonné. C’était tout simplement ahurissant. En revenant sur la plage, je le remerciai chaleureusement.

         Merci de m’avoir permis de découvrir le monde sous marin, ce n’était pas gagné d’avance avec moi. Mais, qu’est-ce que c’était que ce petit coffret dans la brèche ?

         Ah, vous voudriez bien le savoir ?

         Et bien oui !

         C’est un coffret qui a été oublié là aux temps des flibustiers et avalé par les coraux. On ne peut plus le sortir sans abîmer le milieu.

         Ce n’est pas croyable ! Et personne n’est assez cupide pour passer outre la nature ?

         Vous êtes la seule à connaître ce secret avec moi. Je ne le montre à personne, fit-il avec gravité.

Je n’en revenais pas. Moi, une inconnue, il venait de me raconter son secret. J’avais du mal à y croire.

          Je vous invite à venir prendre un verre au bar, fis-je en ne sachant plus quoi dire.

         Avec plaisir, mais je dois d’abord ranger mon matériel.

         Alors retrouvons-nous y dans une demi-heure, d’accord ?

         D’accord.

Je récupérai mes affaires qui m’attendaient près du transat. Nous avions tout juste le temps de boire un verre avant de reprendre la dernière navette. Je m’installai et commandai un cocktail de fruits en l’attendant. Une demi-heure plus tard, il n’avait toujours pas apparu. Je sortis sur la plage, consternée. Le soleil était en train de tomber et les navettes rentraient les unes après les autres. Je me mis à arpenter la plage en direction de l’endroit où il aurait du se trouver, mais il n’y avait plus personne.

         Mince alors !

Perplexe, je me tournais et me retournais, à sa recherche. Où pouvait-il bien être passé ? Etait-il possible qu’il soit reparti sans rentrer dans le bar ? Je m’assis sur les morceaux de coraux roulés, indécise.

         Madame, madame, le dernier taxi va partir, il faut venir !

Le chauffeur me hélait énergiquement. La nuit était en train de tomber et j’étais encore là, embarrassée.

         J’arrive.

J’attrapai mon sac et me dirigeai vers le bateau. Le chauffeur m’aida à grimper et je m’installai près de lui.

         Vous allez bien ? me demanda-t-il devant mon air perdu.

         Oui.

Il démarra le moteur et nous prîmes la direction de l’Anse-Vata. Au bout d’un petit moment, je ne pus m’empêcher de lâcher :

         Ce sentier sous marin, il était magnifique !

Le chauffeur me regarda d’un air étrange et me rétorqua :

         Dommage que nous ayons perdu notre guide la semaine dernière. Il s’est noyé au large de la barrière de corail. Un accident malencontreux. Vous avez eu l’occasion de le visiter dernièrement ?

Je hochai la tête, confuse.

         Et bien, cet après-midi même, avec le nouveau guide, je suppose !

Il me regarda en fronçant les sourcils :

– Nous n’avons pas trouvé de remplaçant !

Un long silence s’installa. Il devait me prendre pour une folle. Avais-je rêvé tout cela ? Et ce coffret pris dans les coraux, existait-il vraiment ?

 

 

FIN

 

 

3 réflexions sur “Une petite « Nouvelle » à ma façon

  1. Ah, ah, personne sans nom, vais-je réussir à vous cerner ? En tout cas, je sais à présent que vous connaissez l\’îlot Canards 🙂

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