Un blog calédonien Samedi, mai 3 2008 

 

Je me fais un plaisir de retranscrire ici pour information, le billet du blog “Le cri du cagou”.

Ce blog très instructif mérite un détour, d’autant qu’il parle de Samir !

 

Samir Bouhadjadj qui a remporté récemment le Prix Michel Lagneau pour son roman, Le Poids des Rêves, a offert aux lecteurs du CRI DU CAGOU son texte de ce soir. Le voici donc :

 

 

On passe et l’on repasse sans cesse devant en salivant,
Chaque fois la main se ballade sur le col, caresse l’étiquette.
On guette son évolution vers une maturité satisfaisante,
Puis un jour, l’envie est trop forte, on débouche l’idée !

Une fois ouverte au grand jour, il ne faut rien hâter,
Sous peine de gâcher le plaisir et d’en atrophier la pleine saveur.
Quelle torture que d’attendre qu’elle soit décantée, reposée
Mais, c’est pourtant à ce moment crucial que la magie opère.

De cette attente frustrante pour l’écrivain naît la robe,
La texture se met en place, l’équilibre des couleurs s’harmonise.
Tel un peintre se concentrant sur sa palette, l’idée mûrit, se pare.
L’exhalation du bouquet guide les mots, ordonne les pensées.

Il est enfin venu le moment exquis de la première dégustation,
Une fois encore, pour être subjugué, le geste est patient,
Presque endurant, un petit geste du stylo, pour prolonger l’attente,
Cette pause presque jouissive que l’on savoure en attendant l’émotion.

La pointe du stylo rentre enfin en contact avec la feuille,
Les saveurs, les odeurs et les arômes se mêlent et explosent
Le flot maintenant débridé prend des parfums libres et sauvages
Les champignons du passé ressurgissent et se lient au sucré
Printemps, été et automne ne font plus qu’un et multitude.

Elle vient de prendre vie, son cœur vibre, son auteur n’est plus aux rennes
L’idée est lâchée et s’échappe, vagabonde, en flots désordonnés
Indomptée et farouche, elle emprunte tous les chemins qu’elle rencontre
Ni la mort, ni la peur, rien ne saurait plus la retenir.

Fragile mais immortelle, elle continue son voyage fièrement,
Sans langue ni ethnie, elle ne connaît ni visa ni frontières.
Si vous la sentez passer près de vous n’hésitez pas à l’accompagner,
La critiquer, la caresser, la rompre, la développer ou l’estropier.

Armez vos bras de stylos, plumes souris et claviers, écrivez.
Car une seule chose peut réellement tuer la pensée,
Rester solitaire, incontournable, canonisée et unique.
Remplissons jusqu’au toit les musées de leurs armes caduques,
Mais n’arrêtez jamais, s’il vous plaît, de vous exprimer.

Samir Bouhadjadj

Le Guêpier Samedi, mai 3 2008 

 

lettrine3  a nuit vient et et le blanc manteau sort du guêpier. Il traîne derrière lui son Excellente Noueuse qui marche en claudicant. La muraille l’ arrête et il s’ incline bien bas. C ‘est une épreuve à laquelle il a droit, mais tant pis, il est courageux et s’élance quand même, le poignard en avant. Le choc est rude et des poils s’envolent, éclaboussant les flaques de sang. Surtout ne pas lâcher prise. La rue derrière l’attend et avec elle, la liberté. Il recule et recommence son attaque. La muraille s’affaisse à demi mais ne  rompt pas. Une troisième attaque aura raison d’elle. Alors, le manteau blanc, gonflé d’orgueil, la piétine et sans un regard pour elle, passe. La vie est au bout, la lumière divine, le secours, la multitude et surtout, surtout, l’hermine qui attend.