21 février
Aujourd’hui je parlerai de la cadence, du ton, de la présence d’un auteur et du grain de son écriture. Et oui, il y a de tout cela dans un texte et c’est d’eux dont dépend la personnalité et le style d’un écrivain.
La présence et le ton sont souvent présents dès le premier jet d’un texte.
La cadence et le grain, en revanche, peuvent plus facilement s’améliorer à la relecture, par une correction attentive.
La durée ou cadence se caractérise par trois sortes d’écriture : la classique, la baroque et la précieuse.
L’écriture classique, c’est l’équilibre du sens sur le rythme. “La charge se répartit au fur et à mesure du défilement ; ce qui ne veut pas dire qu’elle soit forcément égale ou monotone ; elle ménage ses surprises”. C’est une écriture dégraissée. (Racine, La Bruyère, La Fontaine, Stendhal, Flaubert, Jules Val-ès.
L’écriture baroque est surchargée de sens : “il y a plus de sens que de défilement ; on est dans la durée lourde ; la charge est forte et tend à ralentir la cadence ; on écrit pour étonner”. (Hugo romancier, Balzac, Zola, Aggripa d’Aubigné, Huysmans, Léon Bloy, Octave Mirbeau et Céline).
L’écriture précieuse, c’est l’inverse : une certaine raréfaction du sens au long du parcours. “Le parcours l’emporte, le sens se raréfie, l’arabesque prime ; les impératifs du mouvement passent avant ceux de la signification”. A la limite, c’est la “danse sur place” : des variations multiples sur toujours la même idée.(Simonin, San-Antonio…)
Des trois écritures, la classique est sans doute à la fois la plus difficile à réussir et la moins visible du lecteur : l’écriture coule sans se faire remarquer en tant qu’écriture : elle s’efface constamment devant le sens, toujours préoccupée de le mettre en valeur. L’écriture classique se rencontre dans les écrits utilitaires bien rédigés : recettes de cuisine, mode d’emploi. Pas un mot de trop, pas d’effet de style” : juste ce qu’il faut pour communiquer pas à pas une information.
Le ton est l’humeur de l’auteur : implication de l’auteur dans son texte, le ton est facile à reconnaître intuitivement. Il peut être hautain, furieux, irrité, violent, modeste, retenu, etc… Il résulte du caractère de l’écrivain et de son humeur au moment de prendre sa plume
La présence est assez indispensable dans des genres comme la lettre ou le mémoire intime. Dire “je” à l’écrit renforce la présence, cela de préférence au “il” plus neutre. Certains “nous” ont aussi de la présence, si on sent derrière, la volonté d’un groupe. Beaucoup moins, si c’est le “nous” de modesties, celui du scientifique par exemple. C’est ainsi que le choix entre je, tu, il, nous, vous, ils et on, est si important pour l’écrivain. De ce choix initial et de ses changements, dépendra beaucoup.
Alliée au ton, la présence est ce qui fait la “signature” d’un écrivain. Autrement dit, ce qui permet de le reconnaître même en l’absence de signature.
Le grain est le travail de finition : l’auteur peut affiner un texte plus ou moins longuement pour y enlever négligences, aspérités, rudesses, répétitions… Selon le degré de polissage, on dira que le grain est fin ou grossier.
En conclusion :
Bien entendu, ces quatre paramètres ne sont pas absolus et doivent être appréciés en situation. Le même auteur peut être classique ici, plus baroque là, précieux enfin dans un autre texte ou passage. Son grain peut être grossier dans un écrit intime, très fin au contraire dans un livre destiné à la publication. De plus, ici, il aura un ton emporté, là un ton retenu. N’empêche que des dominantes subsistent.
Pommeliane
mots clé : la cadence, du ton, de la présence d’un auteur et du grain de son écriture